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Vernissage le 30 avril 2008 à 18h

Alexia Walther est née en 1974 à Genève, elle travaille actuellement à Paris. Diplomée en 1999 de l’ESAV (Ecole supérieure d’Art visuel), Genève, en section media-mixte, elle a depuis participé à de nombreuses expositions. Maxime Matray est né en 1973 à Paris. Plasticien et auteur, il est diplomé depuis 1995 de l’EPIAR (Ecole Pilote Internationale d’Art et de Recherche), Villa Arson, Nice.

Leur collaboration a débuté avec le court-métrage Twist (écriture et réalisation : Alexia Walther ; musique : Maxime Matray) qui a gagné en 2008 le prix de la 12e Biennale de l’image en mouvement. Ce film met en parallèle un épisode de la Guerre des Gaules de Jules César et un condensé chorégraphié de l’histoire du Twist. Il s’agit de deux défaites : une défaite historique et une autre, plus symbolique, la défaite d’une libération hypothétique des corps à travers la danse, le Twist. La parole puis la danse ou comment la parole se transforme en corps. L’histoire du Twist est traitée linéairement et par là tente d’illustrer le twist comme phénomène de société, représentatif, peut-être, de cette société hédoniste, telle que la définissait Pasolini. Née au début des années 60 aux Etats-Unis, cette danse est apparue comme une promesse de libération des corps, une manière de danser plus décontractée et s’adressant à un public plus jeune. Toutefois elle n’a réellement existé que durant cinq ans, rapidement rattrapée par l’univers commercial pour gagner un public toujours plus nombreux. Le danse dans le film chorégraphiée par Foofwa d’Imobilité et le danseur Filibert Tologo va se transformer et illustrer sa propre histoire. La caméra est ici utilisée comme un outil de dissection dramaturgique qui accompagne les moments contradictoires de cette tentative de transformation sociale.

Ils ont, depuis, écrit et coréalisé un autre court-métrage, L’Élan, actuellement en cours de post-production. Tourné dans le sud de la France, de nos jours, ce film met en scène deux hommes qui vont se battre en duel. Plus que sur le duel lui-même, le film se concentre sur ce que ce combat à venir implique de mouvements et de sentiments contradictoires, et quels types de stratégies les personnages vont mettre en place pour préserver l’impulsion première : que deviennent l’élan de l’honneur et le désir de bravoure face à l’attente, l’indécidable et la peur ? Les personnages affichent leur désir de « grands sentiments » (l’honneur, la bravoure...) en dialoguant sous forme de proverbes et de maximes, ce qui marque le déplacement d’un style par son exagération et ainsi une certaine distanciation. Grâce à ces phrases toutes faites, ils semblent se préserver de la faiblesse qui les guette et se maintiennent dans la représentation sociale. Cependant, plus le combat se rapproche, plus les mots se font rares. C’est une chanson sans parole qui précédera le duel. Sur le terrain de combat, au climax du récit, l‘ensemble des sons est devenu synthétique. Le motif du duel tient une place d’importance dans le récit, tant en littérature qu’au cinéma. Alexia Walther et Maxime Matray, en replaçant ce thème de nos jours, relèvent la problématique contemporaine de l’héroïsme : une double tension contradictoire produite par une société qui pousse à la fiction de soi et à la compétition tout en imposant l’injonction d’être sincères et spontanés dans ses choix et ses actes. Il s’agit également d’observer les rapports humains de plus en plus arbitrés, médiatisés, par la technologie. Le film présente ici un duel armé. Le pistolet mécanise une pratique, qui contrairement au duel à l’épée et au savoir-faire que celui-ci nécessitait, est affaire de chance, de contingences, de météorologie... Ce fait historique mineur marque néanmoins une transformation sociale à la fin du XIXème siècle en échafaudant de nouveaux rituels. Les sujets qui s’inspirent des mœurs sociales en rupture, ainsi que les échos à des structures et références proprement littéraires sont autant d’éléments qui caractérisent le travail d’Alexia Walther.

Une œuvre toute récente, L’Été coproduite par le Centre pour l’image contemporaine et également fruit de la collaboration du couple d’artistes sera présentée en avant-première à Saint-Gervais. Dans le film, deux jardiniers préparent un terrain aux abords des plages pour la saison touristique. La scène-motif, chaque fois un peu différente, est montée bout à bout : il ne s’agit donc pas d’une véritable boucle. Les personnages, à l’instar des acteurs, sont pris dans une activité répétitive et se racontent l’histoire d’un rêve qui revient sans cesse, et qui devient le commentaire onirique de leurs propres conditions de travail. Le motif de la répétition, qui déréalise ce qu’elle répète, se retrouve à tout niveau.

Le spectateur se trouve confronté lui aussi à une expérience similaire, une mise en abîme de la situation des personnages : il assiste à une narration, qui se répète presque à l’identique. Ce film renvoie immanquablement au genre littéraire fantastique qui repose sur l’hésitation du lecteur entre une interprétation rationnelle ou une interprétation surnaturelle du récit, le texte permettant l’une ou l’autre. Le lecteur comme le personnage se retrouvent aspirés par une spirale aliénante due à ces failles de la réalité. Le spectateur du film Regarde-t-il une collection de rushes, des acteurs qui répètent une scène avant de la jouer, ou se trouve-t-il devant le récit d’un rêve au second degré ?

Alexia Walther & Maxime Matray
L'ÉTÉ